tournelivres, des histoires et une fleur

Comment faire pousser des graines de lecteurs ? Comment semer des histoires dans le cœur des tout-petits et des adultes qui les entourent ? Comment épandre les livres, engrais précieux, de corps en corps, d’institution en institution, de maison en maison ? Et comment mettre ces « comment » à la portée des professionnel-le-s de l’enfance qui aimeraient se lancer dans ce genre de jardinage ?

le tournelivresUn tapis tout en rondeurs, aux poches amovibles en forme de pétales, recélant des trésors d’albums à déguster, au propre comme au figuré, sans modération. Un tapis d’éveil au livre pour les tout-petits et les professionnels de l’enfance, parents, et autres humains environnants, parce que quand on sème, on ne compte pas ! La sélection d’albums appropriés pour l’occasion est fournie en double exemplaire, ce qui permet aux familles de les emprunter et de les faire voyager entre la crèche et la maison, en toute saison ! S’y joint un présentoir pour mettre en évidence les préférences du moment et inviter aux lectures « sauvages », à toute heure, à tout âge… Enfin, un guide détaillé accompagne cette exploration, si nécessaire. L’ensemble a été conçu pour être transporté facilement et s’installe dans de « bonnes dispositions », c’est-à-dire avec légèreté et attention, équilibre subtil qui fait la spécificité de nos métiers. Tournelivres se déploie en prêt pour quatre mois dans une institution avant de poursuivre ailleurs son destin de fleur nomade.

de l’éveil au livre « clé-en-main » ?

Quand on veut amener le livre auprès de tout-petits, il faut du courage. On se sent souvent démuni, que l’on soit d’ailleurs éducatrice, bibliothécaire ou parent. Il y a tout d’abord à tordre le cou aux croyances de tous poils. […] Les bébés vont déchirer les livres, les bébés vont manger les livres, ce n’est guère hygiénique, c’est peut-être même toxique. Sans compter qu’ils peuvent se faire mal avec.

Tournelivres, fleur résistante, même en milieu hostile (!), a donc éclos dans le but de faciliter les premières expériences dans ce domaine, d’apaiser les craintes, de susciter ou de relancer l’intérêt, de guider dans ce travail à la fois simple et ardu, enfin bref, de permettre l’auto-formation en situation, à domicile, en quelque sorte. Pourquoi ? Mais parce que partager des récits avec les bébés dès le plus jeune âge et les éveiller aux joies du livre commence à faire partie des priorités pédagogiques d’équipes éducatives de plus en plus nombreuses. De plus en plus émerge la conscience de l’urgence et du rôle fondamental des institutions préscolaires en matière de prévention de l’illettrisme, d’insécurité linguistique et des exclusions qui en découlent.

de réponses en questionnements…

le tournelivres

Toutes ces questions peuvent trouver (un début de) réponse dans le « guide tournelivres » qui explicite cette démarche évolutive et donne des pistes pour l’introduire auprès des bébés. […]

Car au fond, Tournelivres est né pour inviter au questionnement, à la recherche, à l’attention, à la quête, pour employer un mot plus vivifiant. Il est né pour inviter à accueillir cet état qui n’est pas toujours confortable, à vivre avec et à le partager. Mettre en place une séance d’éveil au livre avec des bébés,  c’est accepter de se laisser guider par ce qui survient dans le cadre que l’on a instauré et chercher en situation, cette fois sans mode d’emploi, comment construire la relation. […] C’est à vrai dire le seul moyen de permettre au bébé de se mettre lui-même en quête de sens et de grandir dans le désir de transformer le monde par son regard.

Voilà pourquoi pour faire des histoires, il faut une fleur. Une fleur comme tournelivres.

Nathalie Athlan

In : Parole, no 2 (2010), p. 12-13