Newsletter CREDE - No 4 (23 juin 2009)


Animation : les marionnettes

La marionnette est un défi lancé à l’inertie de la matière, un défi lancé à la mort.
Elle exprime, par-delà son étrangeté, une affirmation prodigieuse de vie.
(Roger-Daniel Bensky)

chenille

Les marionnettes possèdent un mystère qui nous dépasse, qui est plus fort que nous, elles adoucissent la vie humaine. Elles permettent de passer du monde de l’enfance au monde de l’adulte, telle une passerelle que l’on peut emprunter autant qu’on le souhaite. Il est dès lors intéressant de s’interroger sur le rôle de la marionnette et sur les différents moyens d’expression qu’elle permet.

Un objet d’expression
L’enfant peut être considéré comme un marionnettiste en devenir, parce qu’il noue très tôt un lien privilégié avec toute forme inanimée. Par l’intermédiaire d’objets qui lui sont chers, il met en scène ses émotions. De ces choses, il peut en faire ce qu’il veut : il est le magicien qui leur donne vie et elles lui obéissent. Dans ce monde rêvé, rien d’impossible ! On peut même mourir et revivre aussitôt. L’enfant sait que ce jeu n’est réel et n’a de sens que pour lui seul.

Un objet de communication
L’imaginaire de l’enfant est un monde secret dont lui seul a la clé. Riche et coloré, il reste inaccessible à celui qui n’y participe pas, car il se développe et s’épanouit selon des codes en perpétuelle mutation. Une marionnette lui permet d’en lever un coin du voile et d’en partager toute la richesse. La poupée devient ainsi un véritable objet de communication.

Un objet de rencontre
Puis vient la rencontre avec l’autre, l’inconnu. Et, pour certains enfants, cette étape ne peut se faire en face à face. Beaucoup se présentent à l’autre à travers un objet, médiateur permettant d’entrer dans la communication et d’accéder au collectif. La marionnette est un art pluridisciplinaire, permettant d’aborder les arts plastiques, le théâtre, la mise en scène, et tant d’autres activités collectives et communes.

Un objet de médiation
La marionnette peut également servir d’ « assistant ». Un pédiatre, Didier Cohen-Salmon, utilise deux marionnettes dans ses consultations pour expliquer à l’enfant comment va se dérouler la séance. L’enfant est invité à jouer avec, il les manipule, et les utilise pour montrer au pédiatre ce qu’il perçoit du caractère parfois intrusif de l’auscultation. Parfois, une marionnette engloutit l’autre marionnette. Ou alors, la poche intérieure de la marionnette se replie sur elle-même, comme si elle cherchait à se cacher, exprimant ainsi le besoin de protection de l’enfant.

marionnette

Une marionnette, c’est pour les bébés !
Malgré elle, la marionnette véhicule de nombreux a priori. On entend souvent : « La marionnette, c’est pour les bébés ! » Et c’est vrai ! Car la marionnette, elle, est sans préjugé. Elle s’adresse à tous car elle sait toucher l’enfant qui sommeille en nous et s’éveille encore parfois pour nous rappeler le monde imaginaire dans lequel nous nous sentions si bien.

chenille

Le CREDE propose 7 grandes marionnettes (env. 70 cm de haut) et 3 plus petites (de 40 à 60 cm) souples, douces et expressives. Leur visage est malléable (on peut enfiler une main dans leur bouche pour les faire parler) et passe par des expressions multiples : joie, timidité, peur, étonnement...

 

Dans les moments difficiles, dans les instants festifs,
dans le quotidien ou dans les spectacles,
les marionnettes sont une ressource humoristique et sans limite
au service des professionnel-le-s !

Sources :

  • La passion des marionnettes. In : Le Furet, no 27 (1998), p. 9-11
  • Une marionnette pour pouvoir tout dire. In : Le Journal des Professionnels de l'Enfance, no 42 (2006), p. 35-38
  • Mes assistants. In : Spirale, no 43 (2007), p. 69-73

Sélection du jour

Un article est paru dans la revue "Spirale" de ce mois, sur la lecture des albums sans texte. Nous vous proposons de le découvrir dans son intégralité :

Lire des albums sans texte

- "Lire", vous avez dit "lire"... ? Ces albums sans textes ! ... Ces livres où il n'y a que des images et aucun texte imprimé !

- Oui, j'ai dit "lire". Car s'il n'y a pas de mots à décoder, à décrypter, il y a bien nécessité d'interpréter, de faire sens, de "déchiffrer et traduire des signes" écrit Alberto Manguel dans Une histoire de la lecture. Donc, nécessité de "lire"...

S'il est des livres qui déroutent les lecteurs adultes, ce sont bien des livres où il n'y a que des images...
Qu'en faire ? Que dire ? Devons-nous les traduire ? Y adjoindre un son ? Devons-nous inventer un récit oral ? Comment oser se poser là, confortablement avec un très jeune enfant, pour lire sans bruit où le récit n'est qu'images ?
Cela nécessite une certaine confiance en soi, une confiance en sa capacité à lire silencieusement, à laisser aller son imaginaire et sa pensée...
Cela nécessite une certaine confiance en l'artiste qui a écrit cet album ; confiance en sa capacité de donner à lire un récit grâce à la succession des images...
Cela nécessite aussi une certaine confiance en la capacité du tout-petit de nous percevoir "lecteur", et de se sentir lui-même en capacité de créer du sens grâce à la succession des images, et grâce à l'attention du lecteur qui l'accompagne dans sa découverte...

Les tout-petits sont sans mots, mais pas sans langage...

Evelio Cabrejo-Parra, psychanalyste et linguiste, insiste sur la nécessité de distinguer les concepts de langue et de langage : "Souvent, on a associé l'apparition du langage à l'émergence des premiers mots, puis on s'est rendu compte qu'à la naissance, le langage est déjà présent même s'il n'y a pas encore de mots articulés [...] A la naissance, le bébé est armé pour apprendre n'importe quelle langue", affirme-t-il.
Il écrit également que "l'aptitude à apprendre les langues est une propriété biologique et psychique de l'espèce humaine, mais l'acquisition d'une langue particulière est liée à des circonstances fortuites, culturelles."
Nous pouvons faire l'hypothèse que se donner à voir "lecteur d'images" offre à ce tout-petit - avec qui nous lisons silencieusement des images - l'occasion de partager la lecture d'un lecteur silencieux...
Cela lui donne à voir (à lire ?) de la pensée agie, vécue, mise en forme grâce au talent de l'artiste... Un récit transmis par un auteur qui raconte une histoire avec la seule succession des images et des pages qui tournent. Traduisant ainsi une relation au temps, à l'espace... L'adulte et le tout-petit peuvent revenir, et revenir encore, à ce récit - immobilisé à l'intérieur du livre - et ce, tant que cela sera nécessaire !
Car, on le sait, une seule lecture ne suffit pas à faire le tour d'un récit imagé.

Des albums sans texte imprimé, mais pas sans récit...

Notre capacité à "lire" des albums sans texte n'est-elle pas liée à notre propre possibilité de retrouver en nous ce temps où nous étions sans mots, mais pas sans langage ?

"Tous, nous nous lisons nous-mêmes et lisons le monde qui nous entoure afin d'apercevoir ce que nous sommes et où nous nous trouvons. Nous lisons pour comprendre, ou pour commencer à comprendre. Nous ne pouvons que lire. Lire, presque autant que respirer, est notre fonction essentielle" écrit Alberto Manguel dans le livre déjà cité.
Le psycholinguiste Evelio Cabrejo-Parra développe lui aussi l'idée qe l'acte de lecture va bien au-delà du livre lu. Il dit : "Cet acte de lecture est en permanence présent dans la vie. [...] On construit en permanence du sens et on apporte ainsi de l'eau au moulin de l'activité psychique."
Lire, ce serait donc d'abord découvrir et interpréter le monde !
Faisons l'hypothèse que partager avec des tout-petits, en silence, la lecture d'oeuvres littéraires où les seules images font récit, pourraient les conforter dans leurs capacités à interpréter les signes et construire du sens.
A nourrir leur imaginaire !

Des albums sans textes à partager avec des petits et des moins petits

  • Seigneur Lapin, Adrien Albert, L'école des loisirs, 2008
  • Que vois-tu ? Tana Hoban, Kaléidoscope, 2006
  • Le petit de la poule, Margaret A. Hartelius, Flammarion, 1978
  • Loup noir, Antoine Guilloppé, Casterman, 2004
  • Le livre du printemps, Rotraut Susanne Berner, La joie de lire, 2004
  • Le Jacquot de Monsieur Hulot, David Merveille, Ed. du Rouergue, 2005
  • L'arche de Noé, Peter Spier, L'école des loisirs, 1978

Ces albums sont disponibles au CREDE.

Source : Des livres et des bébés. In : Spirale, no 49 (2009), p. 216-218


Vu à la télé

Accueil extra-scolaire : l'école de Mies (VD) a choisi la formule sandwich-sport pour le midi (TSR1, 28 mai 2009, 18:50)

Le sport, ce n'est pas une fin en soi ici, c'est un moyen de transmettre des valeurs. Il y a une dimension éducative dans cette prise en charge, ce qui est un des buts du sport mais qui n'est plus tellement d'actualité. Le côté collaboration prime sur le côté compétition.


Nouveauté sur notre blog

Le mot de la revue "Métiers de la petite enfance" du mois : Voix (accès au blog)

Retrouvez chaque mois une définition et une réflexion autour d'un mot, qui prend tout son sens et son importance au travers de l'analyse des pratiques professionnelles, par Christine Schuhl.

Mots parus :Loyauté, Compétences, Change
A paraître : Chatouille, Altérité


Brèves de dernière minute

  • Le CREDE sera fermé pendant les vacances d'été, du 18 juillet au 16 août.
  • Nouveaux horaires !! Dès le 17 août, le CREDE sera ouvert les lundis, mardis et jeudis de 11h à 18h, et les mercredis et vendredis de 9h à 14h !!

 


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